vendredi 21 décembre 2007
L'Eterlou chez ORTEC
Interview de Jean-Pierre Chessel, Chef d’agence adjoint ORTEC de Thonon, le 15 Novembre 2007 à ORTEC Thonon, site de tri. Et n'hésitez pas à vous rendre sur le site d'Ortec en cliquant ici !
Quelles sont les activités du groupe ORTEC ?
On est connu à la base pour l’assainissement. Il y a aussi la collecte, le transport et le tri des déchets. Nous sommes vraiment leader dans le nettoyage industriel en France. C'est-à-dire les raffineries principalement, pour des missions de transport de boues, de transport de pâteux et de nettoyage haute-pression. Sur nos 4000 agences, nous en avons 1000 qui travaillent aussi avec les centrales nucléaires pour la maintenance des tuyauteries, la chaudronnerie et de l’ingeniering (études de systèmes et calculs).
On fait aussi beaucoup de contrat Global Services. Le client ne s’occupe que de sa production. Il ne gère plus la partie logistique, les matières premières, l’énergie, l’évacuation du produit fini, le secrétariat, la gestion du personnel, … Il n’a donc qu’un sous-traitant et se concentre essentiellement sur le processus de sa production. Par exemple, nous avons un contrat avec la SNECMA Paris (moteur de fusée) de Global Service Environnement. Bref, tout ce qui touche à la norme ISO 14001.
Vous faites des mises en place de norme ISO 14001 aussi ?
Oui bien sur.
Et sur Thonon, êtes-vous certifiés ?
On est un peu en retard. Cela fait longtemps qu’on est ISO 9001. Depuis 5 ans, on est en démarche ISO 14001. En fait, on a plus manqué de temps que d’argent dans un premier temps. Et puis, nous sommes en train de nous créer une bible rassemblant toutes les actions que nous devons mener pour accéder à la certification. Cette norme s’applique sur tout et demande beaucoup de démarches différentes. Dans ce but, on se fixe des nouveaux objectifs environnementaux chaque année. C’est pour nous un atout en interne pour la norme mais aussi pour discuter avec les clients. Nous gérons ainsi toutes nos consommations d’eau, de gaz, d’électricité, …
Quelle est la politique de gestion des déchets et de l’énergie ?
On a la démarche de ne pas gaspiller et d’économiser de puis le départ. C’est un peu notre éducation. Le leitmotiv retenu pour la conception et la fabrication du centre de tri, c’était la transformation de l’énergie. Par exemple, on est le seul centre de tri où les tapis n’avancent pas en continu.
La consommation du centre est plus basse qu’une entreprise avec 4 bureaux. Pourquoi ? Parce qu’en fait on fonctionne par séquences. On charge la table, on arrête le tapis et on trie la table. Ca résume bien notre philosophie. On n’a pas une usine à gaz !
C’est un peu ce qui se dessine aujourd’hui si, dans quelques années, c’était plus intéressant de dépenser de l’énergie électrique que d’avoir de la main d’œuvre. Ce qui nous a intéressé au départ, c’était le côté humain du système et aussi de dépenser le moins possible d’énergie. C’est une démarche dans nos achats. La consommation énergétique fait partie du cahier des charges. Par exemple, les camions n’ont pas plus de 270 ch. C’est 4-5 % de consommation en moins … Côté éclairage, on va peut-être passer des néons aux ampoules basse-tensions. On mène des études sur du solaire …
Nous cherchons à diminuer les consommations d’énergie et d’eau par des nouveaux systèmes. Par exemple, la mise en place d’une station de carburant à l’agence nous a permis de réduire de 5% notre consommation de carburant des camions et autres véhicules. Nous réfléchissons à l’eau actuellement car nous en utilisons de la potable pour laver les camions, curer les réseaux d’eaux usées, … On est donc sur 2 projets actuellement. Le premier fonctionne mais ne fournit pas assez : on récupère chez les clients leurs déchets liquides que l’on retraite. Le second projet est un projet de forage pour récupérer l’eau du sol.
Une autre mesure sur les transports est d’optimiser ceux-ci. On ne va pas chercher des déchets sur Annecy car c’est trop loin. Nous nous donnons un rayon d’action de 30 km. Cela fait moins de déplacements. Pour des raisons économique et écologique, il est important de traiter les déchets à proximité de leur lieu de production. Nous avons donc une agence tous les 30 km quand il n’y a pas d’autres prestataires sur place pour les déchets. Les autres agences du département vont ainsi faire de l’assainissement, de l’hygiène et du nettoyage industriel.
L’agence de Thonon trie les déchets de tout le Chablais. Ca représente combien de ménages ?
On trie à peu près l’équivalent de 100000 habitants (15% du département). Le reste est fait par 2 autres entreprises (Ex :Excofier) . Ortec est le plus gros prestataire environnement en Haute-Savoie avec 120 employés. Excofier est le plus gros prestataire de récolte et tri avec 70 employés que pour le déchet solide et brasse 2 à 3 fois plus de tonnage de déchets. La différence est qu’il est en mono activité et se développe sur une région. A Ortec, nous nous développons sur une zone d’activité. C’est la grosse différence avec tous nos autres concurrents. Nous ne voulons pas rester figé sur une seule activité.
Donc une entreprise comme Excofier est condamnée à agrandir sa zone géographique pour continuer à se développer !
Tout à fait. Le développement est le lot de toutes les entreprises pour survivre. Dans l’environnement, le volume d’activité est expansif et chacun se développe dans une nouvelle niche. Nous passons actuellement ce virage car tous les volumes sont sortis de l’eau, que ce soit hygiène, assainissement, nettoyage, tri, etc … Il n’y aura pas plus de déchets en 2008 que ce soit industriel ou de ménage. En Haute-Savoie, le gâteau se partage donc entre une vingtaine d’entreprises environnement-déchet. Ceux qui se sont bien organisés vont continuer de se développer mais en empiétant sur les autres. Celui qui est bien tranquille dans son coin et qui n’a pas l’habitude d’être réactif et performant avec un système en place bien établi, risque de ne pas pouvoir faire le virage. Jusqu’à maintenant, nous étions dans une phase de croissance du volume de déchets. Donc tout le monde y trouvait son compte ! Aujourd’hui le travail vient à nous. Bientôt, il faudra aller le chercher !
Quelle est la proportion de déchets industriels et de déchets ménagers ?
A peu près 50-50. De toute façon les deux se suivent car l’un produit pour l’autre et le second consomme ces produits. Chaque habitant produit, en poubelle, en moyenne 400 kg de déchets par an, hors déchetterie, compost, etc ... Si on compte tout, on arrive vite à 800-900 kg. C’est plus dur à savoir pour les coins touristiques car la population n’y est pas stable. Thonon est une bonne base car on y a tout le temps 30000 habitants.
Et que deviennent les déchets en sortant du centre ?
Les matériaux triés sont mis en balles homogènes avec une presse hydraulique de 60 tonnes. Les balles sont ensuite stockées puis évacuées chez les recycleurs industriels qui les utilisent comme matière première. Il faut savoir que ce sont les recycleurs qui font que l’on trie tel ou tel matériau. Hé oui, on ne va pas trier un déchet s’il n’est pas recyclable d’une manière ou d’une autre. Plus le temps passe et plus les chercheurs trouvent des moyens et des idées de recyclages. C’est comme ça que de moins en moins de déchets partent en incinération. C’est pour les besoins du tri que les bouteilles en plastiques ont reçu un bouchon dans le même genre de plastique, par exemple.
Existe-t-il des études pour les zones particulières comme les zones touristiques, pour quantifier la quantité de déchets en saison haute et en saison basse?
Actuellement, tout le monde fait des études. Le problème, ce n’est pas qu’elles n’aboutissent pas mais que les résultats ne sont pas encore partagés. Et du coup, il y a des moyennes nationales mais pas à l’échelle de la Haute-Savoie. Nous, on organise des réunions de travail une fois par an avec les collectivités pour faire une vue d’ensemble. C’est voir ce qu’on fait nous tous localement et ce que ça donne. On peut ainsi faire des ratios par collectivité sur les rendements. On s’aperçoit, qu’à type de population égale, on a des fluctuations importantes, par collectivité, de la quantité de déchets.
C’est une différence d’ORTEC par rapport à la concurrence. Tout le monde est capable de mettre une benne et de la changer. Trier les déchets, il faut des outils et une certaine organisation en plus. Par contre après, ce qui est intéressant pour nous, c’est le reporting de l’analyse. Il s’agit bien d’une volonté d’ORTEC car cela demande d’être structuré pour le faire. Cela nous permet de faire évoluer les collectivités en étant pertinent sur les organisations qu’on y met en place. Chaque commune a des systèmes de collecte et d’évacuation différents. Certains veulent être en porte à porte, d’autres en apport volontaire, etc … Les communes, qui ont déjà mis en place un système, ne vont pas tout remplacer. Ces réunions de travail leur permettent de se situer par rapport aux autres. On essaie d’être moteur en orientant tout ce monde. L’idée et l’objectif et de ramener les hauts ratios aux niveaux des bas ratios.
Ca devient compliqué car on tombe sur les querelles politiques. Pourquoi les communes ne trient pas toute de la même façon localement ? Parce qu’historiquement Thonon a été la première commune à mettre en place des poubelles bleues et jaunes de tri sélectif. Les autres communes ont dits « ok on le fait » mais on ne veut pas de poubelles bleues et jaunes ! Les déchets ont toujours été un sujet sensible car c’est au quotidien que ça se collecte et qu’absolument tout le monde est concerné. C’est assez médiatique ! Au niveau du déchet, les élus attachent une importance à avoir une petite touche de différence entre les communes. Pour nous, ça nous complique la gestion. L’idéal est un système commun à toutes les communes. On y arrive tout de même grâce au principe de l’entonnoir. Les communes se regroupent en communautés de communes pour avoir des aides ;
les communautés de communes se regroupent en communautés d’agglomération pour avoir des aides aussi. Cela permet d’avoir la même organisation, pas qu’au niveau déchet mais aussi pour les hôpitaux, le trafic routier, les gares, les bus, les crèches, … C’est une bonne chose mais ça prend du temps à se mettre en place. Nous, au niveau des déchets, on a ouvert le centre de tri, en 1997. Les premières collectivités datent de 1999. On a donc investi dans un outil de production qui ne nous a servi que 2 ans après. La loi date de 1994. Thonon a mis en place son tri sélectif 5 ans après, en 1999, et Evian 12 ans plus tard, en 2006. Châtel y est passé assez tôt en 2000-2001 mais ce n’est pas encore ça …
C’est laborieux tout ça, non ?
C’est long, mais c’est le temps qu’il faut pour que les choses se mettent en place. Encore 5-6 ans … Quand il y a des solutions miracles, c’est rare qu’elles tiennent longtemps. Les solutions d’aujourd’hui ont été réfléchies longuement car elles demandent de l’argent, des investissements, de la communication, …
Et donc au niveau du Grenelle ?
Je ne l’ai pas encore lu parce que c’est des choses qui vont mettre un bout de temps, pas forcément en années mais en mois, pour qu’il y ait une déclinaison qui se fasse en terme de règlementation.
Merci Jean-Pierre et bonne continuation !!...
... Et retrouvez quelques éléments sur le fonctionnement d'Ortec avec la plaquette d'infos transmise par Jean-Pierre...
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